Monday, Nov. 18, 2019

Les Cités danse connexions de Suresnes cités danse

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26 janvier 2016

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Au festival Suresnes cités danse, il y a les spectacles sur la grande scène et les soirées un peu plus intimistes appelées les Cités danse connexions. Dans une petite salle, de jeunes talents du hip hop montrent leur dernière création, jouant souvent sur le mélange des genres, des arts et des univers. Quatre chorégraphes ont eu la parole durant deux programmes. Soit quatre propositions interpellantes, même si certaines plus abouties que d'autres.

À flux tendu du Collectif 4e Souffle

À flux tendu du Collectif 4e Souffle

Le Cités danse connexions #1 montrait ainsi deux pièces non seulement déjà bien en place, mais surtout proposant un univers à part,  une façon de bouger unique, déjà une véritable maturité.

À flux tendu du Collectif 4e Souffle était une sorte de patchwork absurde, à la fois infiniment touchant et purement drôle. Tout démarre avec une jeune femme engoncée dans un justaucorps fluo, tournant un tuto Youtube d'aérobic. Tout y est : la façon de bouger, les répliques décapantes ("Et on tape des hands !") le trait forcé juste là où il faut. À flux tendu, un spectacle comique ? C'est un peu plus subtil. D'autres saynètes s'enchaînent, mais l'humour y est absurde, touchant parfois à une profonde vérité. Sommes-nous dans de la pure pitrerie ou une profonde mélancolie ? Tout joue sur le moment où l'ambiance bascule. L'interprète Muriel Henry, qui semble mener la barque, est une véritable clown triste du XXIe siècle, position assumée par son nez rouge. Autour d'elle, un batteur se lance dans un solo, un danseur de claquettes mélange son art et le hip hop pour une danse enthousiasmante. Ce sont en scène quatre personnages d'une immense humanité, se présentant à nu et retombant toujours sur leurs pieds d'une ultime pirouette.

À flux tendu du Collectif 4e Souffle

À flux tendu du Collectif 4e Souffle

Compact de Jann Gallois part dans une toute autre direction - la danse pure, la recherche du mouvement - mais avec tout autant de maturité. La chorégraphe voulait travailler le duo sous une forme différente, non pas avec deux personnes, mais "travailler sur un seul corps, avec quatre bras, quatre jambes et deux têtes". Pari réussi, d'une façon étonnante. C'est bien un corps à quatre jambes qui se présente en scène, Jann Gallois et Rafael Smadja totalement imbriqué.e.s. Ils s'essayent d'abord de se séparer l'un de l'autre. Comprenant l'impossibilité de la chose, ils vont plutôt apprendre à maîtriser ce double corps, à l'expérimenter, à voir jusqu'où il peut aller. Exercice quelque part de pure recherche chorégraphique, mais qui trouve véritablement une autre façon de bouger. Un duo assez fascinant, même s'il a du mal à trouver une chute et s'étire sur la fin. Un défaut aussi présent dans À flux tendu.

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Compact de Jann Gallois

Le Cités danse connexions #2 a donc proposé des projets encore en chantier. Avec Do You BeNawal Lagraa a travaillé avec sept jeunes danseuses, toutes douées mais toutes passées entre les mailles des formations professionnelles. Ce spectacle est aussi pour les lancer, les former. Inspirée par le livre Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola Estés, la chorégraphe a voulu réfléchir sur la façon dont notre monde peut emprisonner les femmes, aussi bien dans leur corps que dans leur esprit. Do You Be montre le chemin pour s'en arracher. Et forcément, ce n'est pas facile. Musique oppressante, danse brusque et parfois violente (les bleues apparaissent sur les genoux des danseuses), l'émancipation est un combat de longue haleine. Les corps essayent de s'extirper de l'attraction du sol, parfois sans succès, mais toujours avec une profonde rage de vivre. Malheureusement, la chorégraphie a tendance à se répéter et à tomber dans le cliché (halètement audible en faisant de grands mouvements saccadés et regards rageurs).

Reste toutefois sept formidables interprètes, toutes lumineuses en scène, toutes investies de toute leur âme. Chacune est mise en valeur, chacune apporte quelque chose avec sa danse de prédilection (danse contemporaine, hip hop, danse africaine), dans un mélange réussi et naturel.

Do You Be de Nawal Lagraa

Do You Be de Nawal Lagraa

Sans Paroles, enfin, est un duo entre un danseur hip hop et un saxophoniste. La danse et la musique doivent s'équilibrer, se confronter, pour se nourrir l'une l'autre. C'est en tout cas l'effet voulu, mais pas totalement réussi. Car le tout reste dans un cadre classique : la danse portée par une belle musique. L'idée d'une collaboration mutuelle n'arrive pas à émerger. Peut-être parce que tout semble un peu trop bien préparé, peut-être parce que le geste anticipe trop la musique, peut-être manque-t-il de l'improvisation. Laos est un superbe danseur, mais son hip hop gagnerait d'un grain de folie. C'est d'ailleurs ce qui arrive au cours de la pièce. Mais l'inattendu arrive un peu trop tard.

Sans-paroles

Sans Paroles de Laos et Kévin Théagène.

 

Cités danse connexions #1 au Théâtre de Suresnes Jean Vilar dans le cadre de Suresnes cités danse. À flux tendu du Collectif 4e Souffle avec Hakim Hachouche, Muriel Henry, Patrick Pires et Jérémie Prod’homme ; Compact de Jann Gallois avec Rafael Smadja et Jann Gallois. Lundi 18 janvier 2016.

Cités danse connexions #2 au Théâtre de Suresnes Jean Vilar dans le cadre de Suresnes cités danse. Do You Be de Nawal Lagraa avec Rachel Chenet-Sigué, Sarah Copin, Julia Derrien, Margaux Devanne, Karima Ferhat, Marlène Gobber et Amel Sinapayen ; Sans Paroles de et avec Laos et Kévin Théagène.

Suresnes cités danse à voir jusqu'au 8 février.

 

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Amélie Bertrand

(2) commentaires

  1. Marie Guédo
    4 février 2016 at 16:01

    Les 'critiques artistiques" ne pensent même pas que leurs appréciations et leurs écrits ne sont que subjectifs.... dans le cas d'Amélie Bertrand au sujet du travail de Laos ce n'est même pas analytique. Elle n'a rien compris. J’ai vu le spectacle et je l’ai beaucoup aimé, de la pure poésie. Elle pourrait avoir au moins l'humilité de ne rien écrire de négatif afin de s'assurer de ne pas nuire à quelqu'un et d'endommager sa réputation surtout dans le cas de ce danseur qui a le don et le mérite de faire quelque chose de nouveau et de hautement esthétique. Il est difficile de croire que nous sommes encore à l'époque de Van Gogh, et de voir autant d’aveuglement…en ce temps-là les critiques non plus n'aimaient pas sa peinture impressionniste....

  2. Laurence
    4 février 2016 at 22:18

    Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois! Comment passer à côté de la sensibilité de Lao qui se mêle aux accords jazz du saxo. Critique de spectacle n'est pas synonime d'assassin. La danse ca se lit, ca s'analyse dans les moindres souffles du danseur. Lao met sa poésie et sa maîtrise du hip hop au service de la danse. FORMIDABLE spectacle, FORMIDABLE danseur !

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